On le considérait comme un monument de la presse sportive. Mais on l’aimait surtout pour sa culture, son humour et son formidable «trait» qui lui a permis de croquer la vie en la dessinant. Avec un certain mordant !
À la fin des années 1980, les locaux abritant la rédaction d’Al Bayane servaient aussi, à l’occasion, pour les réunions du bureau politique du parti: le PPS, anciennement PCM puis PLS. Journalistes et dirigeants politiques se faisaient appeler « camarades », ils se croisaient et se ressemblaient, au point que l’on pouvait parfois les confondre. D’autant que les uns et les autres étaient conduits de main de maître par « Si Ali », alias Ali Yata, SG du parti et directeur du journal. Les locaux qui accueillaient ce beau monde étaient exigus et il n’y avait pas de place pour tout le monde. Les camarades se serraient comme dans une usine à la chaîne. Rares sont ceux qui avaient un bureau propre. En dehors du regretté Nadir Yata, le « rédac-chef », les camarades journalistes partageaient des bureaux à deux ou trois. Les autres « siégeaient » autour de la table qui trônait dans la salle de rédaction et étaient mobiles, se déplaçant d’un endroit à l’autre. Sans bureau fixe. Au fond de cette salle rédaction aux allures de ruche, adossé à une bibliothèque remplie de vieux ouvrages marxistes et léninistes, un homme aux cheveux argenté et à l’éternelle petite moustache. Sur son bureau, et à côté d’un encrier à l’ancienne, où il trempe régulièrement sa plume pour écrire ou dessiner sur des feuilles blanches et volantes, un vieux transistor à antenne, branché sur fréquences étrangères : essentiellement radio France internationale, qui émet dans un grésillement infernal, qui rappelle à quelques vieux camarades les sirènes en temps de guerre.
Par Karim Boukhari
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