Il rêvait de cinéma et de Bergman ; c’est par le théâtre de Tayeb Saddiki qu’il y est finalement arrivé. En chemin, il a accompagné les premiers pas de Nass El Ghiwane, fondé Jil Jilala, chanté devant Hassan II, puis réalisé «Kharboucha» et «Moussem Al Atach». Mais il a aussi roulé sa bosse en Europe et multiplié les petits métiers… Dans cet entretien, Hamid Zoughi, enfant de la médina et du Hay Mohammadi à Casablanca retrace plus d’un demi-siècle de scène et d’écran, apportant au passage des anecdotes et des épisodes très peu connus.
Commençons par votre enfance au Hay Mohammadi…
Je vous arrête : je ne suis pas né au Hay Mohammadi, mais dans l’ancienne médina, en 1942. Toute ma famille y vivait, y compris ma tante paternelle et son mari, qui était moqaddem à l’époque coloniale. Nous avons ensuite quitté l’ancienne médina pour Derb Sultan, avant de rejoindre le Hay Mohammadi en 1950.
Dans quel milieu familial avez-vous grandi ?
On dit de nous que nous sommes des Ouled Sidi Messaoud, c’est-à-dire des Haddaouis, issus de la population d’origine de Casablanca. Mon père était marin : il travaillait comme mécanicien à bord des navires. Son métier l’amenait à s’absenter en mer, parfois pour des voyages de deux mois ; il n’était donc pas constamment auprès de nous. C’est ma mère qui s’est chargée de notre éducation, notamment pendant la Deuxième guerre mondiale et l’attaque américaine: elle nous a emmenés nous réfugier à Bejaâd. C’est d’ailleurs à notre retour que nous nous sommes installés à Derb Sultan, puis au Hay Mohammadi. Mon grand-père paternel était riche : il possédait des fermes et des propriétés à Anfa. Mon père et mon oncle fréquentaient le premier établissement scolaire de Casablanca, la «Ferme blanche», devenu par la suite l’école de la Coupole. Mais ils s’en échappaient pour rejoindre notre ferme d’Aïn Diab. Lorsqu’il les retrouvait, mon grand-père les punissait, puis disait aux gardiens : «Donnez-leur une pelle et une pioche. Puisqu’ils ne veulent pas étudier, qu’ils travaillent !». Finalement, aucun des deux n’a terminé ses études. Mon père a travaillé en mer, et mon oncle est devenu planton dans une banque. Une grande partie des propriétés a été perdue…
Propos recueillis par Abdelouahab Rafiqui
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