Le soufisme, al-tassawwuf en arabe littéraire, est l’un des traits qui définissent l’islam de l’Occident médiéval. Ce courant mystique commence à s’esquisser avec les premières grandes dynasties amazighes en Afrique du Nord et en al-Andalus, des lignées qui vont progressivement rompre avec le Machrek, politiquement mais aussi doctrinalement. Cette autonomisation spirituelle se confirme surtout sous le règne des Almohades. Débobinons tout cela.
D’emblée, soyons précis et complets. Si le soufisme connaît un développement notable dans al-Maghrib al-Aqsa sous les Almohades, il n’en demeure pas moins que cette voie mystique est apparue avant l’avènement de cette dynastie marocaine au XIIème siècle. Qui plus est, et l’histoire a de ces paradoxes, le soufisme est né au Moyen-Orient. On s’accorde à voir les premiers ascètes soufis dans la figure du prédicateur Hassan al-Basri (642-728) et dans celle de la poétesse Rabia al-Adawiya (713-801), dans l’actuel Irak. Ensuite, «Muhasibi, mort à Baghdad en 857, est souvent considéré comme le premier soufi véritable car il développe les exercices spirituels de l’examen de conscience, la muhasaba. Il s’oppose à son contemporain ibn Hanbal», résume l’historien Jean-Pierre Filiu dans son livre «Histoire du Moyen-Orient de 395 à nos jours» (Seuil, 2021). Le soufisme est une mystique musulmane, qui va prendre corps au fil des siècles. Sans surprise, sa référence indépassable reste le Prophète de l’islam. La majorité des soufis se réclament d’ailleurs d’un hadith du prophète Muhammad : «Adore Dieu comme si tu e voyais car, si tu ne le vois pas, lui te voit». Au fil du temps et des lieux, la doctrine soufie, comme tout corpus de pensée, va évoluer.
«De siècle en siècle, les partisans de l’extatisme et de l’esseulement métaphysique ont toujours observé les trois critères fondamentaux que voici : une règle, un saint, une confrérie. Dès lors, on peut définir le soufi (mutassawwif) comme étant celui qui observe la règle édictée par l’ordre auquel il appartient», précise l’anthropologue Malek Chebel dans son opus «Les grandes figures de l’islam» (Perrin, 2015). Ce sont justement ces pratiques que vont sévèrement reprocher aux soufis les tenants de l’école d’Ibn Hanbal, Ibn Taymiyya en tête. Reproche quelque peu excessif: le philosophe Jean Chevalier (1906-1993) rappelle que le soufisme, dans sa pratique, est avant tout «ivresse de Dieu». On ne saurait clore cet exposé succinct de la genèse du soufisme dans l’Orient arabe sans évoquer Al-Ghazali (1058-1111).
Par Farid Bahri
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