Qui sommes-nous ? Y a-t-il une manière de nous définir et de dire ce que nous sommes, et qui nous sommes ? Qu’est-ce que la marocanité ? Cette expression, ce concept, ont-ils un sens? Depuis quand ? Qu’en est-il de cette fameuse expression «tamaghrabit» que tout le monde semble utiliser, parfois à tort et à travers et sans se poser trop de questions ?
Jamais ces questionnements n’ont été aussi brûlants d’actualité. Pour essayer d’y répondre, il faudra sans doute plonger dans notre histoire…et notre géographie, notre culture, voire nos cultures, mais aussi le vécu personnel de tout un chacun, ses influences, ses cultures, ses traumatismes, etc. Zamane a décrypté pour vous ce thème majeur et tellement fuyant de notre époque. Avec l’aide d’experts, mais aussi d’artistes, écrivains, scientifiques et divers «influenceurs» de la société marocaine.
Entre eux, les Marocains se contentaient de s’appeler « musulmans ».Les noms de « Maghrébins » ou « Marocains » n’étaient en circulation que parmi les «autres», les gens de l’extérieur. À la fin du XIXème siècle, Jules Erckmann écrivait que “les Marocains n’ont pas l’air de se douter qu’ils appartiennent à un empire du Maroc et n’ont pas de nom pour désigner leur nation”. Un voyageur anglais de la même époque, Arthur Brooke, fait la même remarque. Entre eux, les Marocains “s’appellent musulmans”, dit-il. Germain Ayache, un grand historien du Maroc qui n’a jamais douté de l’existence d’un sentiment national chez les Marocains au XIXème siècle, confirme ces remarques : “Bien que le nom de Maghreb fût assez souvent employé pour désigner géographiquement le pays, jamais le mot de « Maghrébins » (Marocains) n’était employé. Quand un autre que le sultan voulait les nommer, il disait « les possesseurs du Maghreb (Arbab al Maghrib) ». En effet, même le sultan, quand il voulait s’identifier auprès des souverains étrangers, comme dans les lettres qu’il adressait aux chefs d’Etat européens, il se présentait tout simplement comme « sultan des musulmans du Gharb », le terme « gharb » désignant ici la partie occidentale de l’Afrique du Nord, ou le Maghreb. Ce fut le cas pour le sultan Moulay Abderrahmane (1822-1859) par exemple. Pourtant, la distinction quadripartite, incluant Maroc, Algérie, Tunisie et Tripoli, existait bien avant. Abou Al Qassim Al Zayani, qui a séjourné et voyagé à travers ces pays pendant la seconde moitié du XVIIIème siècle, distingue très nettement entre les quatre entités, même si pour son pays il hésite encore entre “Gharb” et “Maghrib”, passant de l’un à l’autre. Ce qui veut dire que c’est pendant cette période, couvrant la fin du XVIIIème siècle et le début du XIXème, que la genèse du nom s’est concrétisée.
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