Dans une réunion apparemment consacrée aux travaux de l’Avenue royale, qui va traverser la médina de Casablanca, madame la présidente du Conseil de cette ville a affirmé que la Cité Blanche deviendrait comme Londres, New York et Boston. Je ne sais pas pourquoi elle a cité ces trois villes : est-ce par admiration, en connaissance de cause, ou simplement par volonté de donner un exemple qu’elle croit le plus performant et capable de frapper l’imagination des Casablancais (ses futurs électeurs en 2026) ? Ou encore par complexe de sous-développé qui pense se valoriser en citant ceux qu’il croit être les plus avancés ? Le discours de madame la présidente m’a intrigué. Soucieux de voir que ma ville allait être transformée, persuadé que j’allais pouvoir enfin être fier des élus de cette grande métropole, je me suis empressé de chercher pourquoi cette comparaison. En effet, ces trois villes figurent dans un classement occidental, purement occidental, qui exclut arbitrairement l’Eurasie (plus particulièrement la Chine et la Russie) et qui place New York, Londres et Boston en tête. Le Global Cities Index (GCI), publié par Oxford Economics, est un classement qui mesure le poids et l’influence des grandes villes du monde. Il évalue leur importance économique, sociale, culturelle et politique pour déterminer celles qui mènent et orientent l’avenir. L’indice repose sur cinq axes principaux : l’économie (PIB, croissance, investissements, marchés financiers), le capital humain (qualité des universités, talents, la main-d’œuvre qualifiée, étudiants et migrants), la qualité de vie (sécurité, infrastructures, culture, santé, environnement), l’environnement (durabilité, énergie propre, espaces verts, pollution) et la gouvernance (institutions, transparence, innovation, rôle politique). Les données proviennent de centaines de sources et chaque axe reçoit un poids spécifique avant d’établir le classement global. En 2025, New York arrive en tête grâce à sa puissance économique et financière, suivie de Londres qui se distingue par son rôle éducatif, culturel et politique, et Boston occupe la 8ème place, portée par Harvard, le MIT et son dynamisme en innovation. À la différence de l’EIU (Economist Intelligence Unit) Global Liveability Index, qui mesure surtout le confort quotidien des habitants, le GCI met l’accent sur l’influence et l’impact stratégique mondial. Ainsi, des villes comme Vienne, excellente pour la qualité de vie (elle occupe la première place mondiale), ne figurent pas dans les premières places du GCI car elles manquent de poids économique et culturel face à New York ou Londres. Madame la présidente n’a pas manqué de parler de la place qu’aura Casablanca dans le monde en comparaison avec les villes africaines. Mais même à ce niveau, et en fonction de critères appliqués à des villes en voie de développement, Casablanca n’est classée que 5ème derrière des villes d’Afrique du Sud. Madame la présidente, nous ne voulons être ni comme Boston, ni Londres, ni Pékin. Nous voulons juste un Casablanca propre, des trottoirs moins dangereux pour nos enfants et nos aînés… Nous voulons des égalités territoriales au niveau des circonscriptions et des quartiers ; nous vous prions d’abandonner la politique des vitrines urbaines (l’Avenue royale risque d’en être un exemple). Ne laissez pas tomber des quartiers d’une grande valeur historique, pourtant à deux enjambées de là où siège votre honorable Conseil. Pitié, ne nous comparez avec personne. Faites juste votre travail d’élue, de présidente, et occupez-vous de la gestion de la ville; mettez de l’ordre dans vos troupes et contrôlez les actions de vos adjoints qui agissent dans les secteurs dont ils ont la charge comme si elles étaient des féodalités cédées par une seigneurie quelconque. Dites-vous que la santé des habitants de Casablanca, leur culture, leurs loisirs, leur sécurité, leur bien-être sont l’une de vos responsabilités les plus importantes. Quand vous aurez accompli ces tâches, laissez-nous le loisir de dire haut et fort que nous vivons dans une ville qu’aucune autre ne l’égale. Laissez aux autres, Américains et autres, l’occasion de dire : «Notre ville sera comme Casablanca».
Par Moulim El Aroussi, conseiller scientifique de Zamane







































