Quand le califat ottoman fut aboli en 1924, le monde musulman se sentira en déréliction. Pour Mustapha Kemal, le califat était pour longtemps une coquille vide et un fardeau pour un pays exsangue qui a d’autres soucis. S’en défaire est un gage de bonne volonté vis-à-vis des Occidentaux. Il coûte cher de tourner le dos à la modernité, dira-t-il. Le vide créé par l’abolition du califat va provoquer une course pour la charge spirituelle entre le chérif de La Mecque (Hussein), le roi d’Egypte (Fouad), voire le sultan du Maroc (Moulay Youssef) pour l’Occident de l’Islam, sur instigation de Lyautey. Un autre son de cloche se fera entendre, en égypte, par un clerc d’Al-Azhar, un certain Ali Abderrazek qui, en 1927, jette un pavé dans la mare par un opuscule qui porte le titre : «L’islam et le fondement du gouvernement», spécifiant d’entrée de jeu que l’islam est une religion et non un mode de gouvernement. Le livre deviendra la matrice du mouvement séculaire dans le monde arabe. Mais beaucoup traitèrent Abderrazek d’impie («kafer»). En égypte, un jeune instituteur qui officie dans la ville al Ismaïlia, au nom de Hassan al-Benna, sera marqué par ce débat. En 1928, il y apporte sa réplique en créant les «Frères musulmans» pour combler le vide laissé par l’abolition du califat. Le mouvement, qui a marqué la région jusqu’à l’heure, aurait-il existé si Mustapha Kemal n’avait pas déclaré la République et aboli le califat ?









































