C’était il n’y a pas si longtemps, comme on dit… Dans les années 1950 à 1970, Casablanca est la capitale mondiale de la chirurgie de réassignation sexuelle, au point que «faire le voyage à Casablanca» devient, dans les milieux «trans» d’Europe et d’Amérique, une expression codée. L’artisan de cette réputation s’appelle Georges Burou (1910-1987), gynécologue français installé au Maroc, qui dirige la clinique du Parc à Casablanca. En 1956, il réalise sa première vaginoplastie et met au point une technique d’inversion de la peau du pénis qui permet de créer un sexe féminin fonctionnel et sensible. D’autres l’avaient précédé (à Berlin au début des années 1930, puis à Copenhague en 1952), mais la méthode de Burou s’impose par ses résultats et devient une référence. Les patients affluent. La meneuse de revue française Coccinelle est opérée en 1958, le mannequin britannique April Ashley en 1960, l’écrivaine Jan Morris en 1972. Le docteur Burou opère plusieurs centaines de personnes et présente ses travaux en 1973 à Stanford, lors d’un colloque qui consacre sa technique. Le Maroc a donc été à l’avant-garde par sa géographie plus que par sa politique de santé : un cadre juridique flou, une clinique privée et un chirurgien audacieux ont suffi à faire de Casablanca une destination unique. Après la mort de Burou, noyé en 1987, cette parenthèse se referme…









































