Il y a plusieurs manières de lire les résultats des élections législatives du 23 septembre. Deux faits nous semblent particulièrement significatifs. Le premier est le faible taux de participation : à peine 38 % des inscrits. En valeur absolue, six millions de Marocains ont voté. C’est peu.
Si on se réfère aux estimations (non officielles) de 2024, qui nous disent que les Marocains en âge de voter (18 ans et plus) sont à peu près 27 millions, on se retrouve face à une inconnue. Que pensent ces 21 millions qui n’ont pas voté ? Avaient-ils des intentions de vote, un penchant pour un parti ou un candidat à la place de l’autre ? Auraient-ils pu changer la donne s’ils avaient voté? Et puis, surtout, pourquoi cette immense majorité silencieuse n’a-t-elle pas voté : indifférence ou désaveu ?
Le deuxième fait qui mérite d’être examiné reste, évidemment, la victoire nette et incontestable du PAM. Inutile de revenir sur les conditions qui ont vu naître le parti, en 2008. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis. Après avoir essuyé trois échecs (2011, 2016, 2021), le PAM atteint enfin l’objectif pour lequel il a été fondé: diriger le gouvernement. Le 23 septembre, les six millions de Marocains qui ont voté ont donc redistribué les cartes. Mais ont-ils vraiment changé le jeu? Pas sûr. Comme en 2021, le PAM et le RNI ont pris les deux premières places. Seul l’ordre a changé. Ces deux partis ont des points communs. Leurs matrices sont très voisines. Ils sont nés d’un rassemblement-agrégation d’élites, d’édiles, de transfuges. Et de technocrates aux dents longues !
Avant de triompher aux élections de 2021, le RNI a bénéficié du retour d’Aziz Akhannouch. Sans l’arrivée de l’homme d’affaires, qui avait alors le vent en poupe, avec un effet d’entraînement annoncé, les «Bleus» n’auraient probablement pas triomphé.
En 2026, le PAM a eu recours à un procédé qui présente une certaine similitude. Il a eu recours à la figure de l’homme fort : un technocrate, Fouzi Lekjaâ, qui vole de succès en succès tant dans sa gestion des affaires sportives que financières du pays. Là aussi, l’effet d’entraînement est évident. Et même si Lekjaâ n’a pas été porté à la tête des «Bleus», sa popularité, qui est réelle, a largement bénéficié au parti et probablement contribué à sa victoire électorale.
Question sans réponse : le PAM aurait-il gagné les élections si Lekjaâ ne l’avait pas rejoint, pour reprendre une expression courante dans le monde footballistique (que Lekjaâ connait mieux que personne), à la «90ème minute» ?
Au final, il y a donc une certaine continuité que la victoire de la majorité sortante (le trio PAM – RNI – Istiqlal) ne peut que conforter. C’est le même podium qu’en 2021. Nous sommes assez loin de l’hypothèse d’un vote-sanction, malgré les performances en baisse du RNI et de l’Istiqlal.
Et le changement, alors, où est-il ? Certainement dans la nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri, numéro un du PAM, à la tête du gouvernement. Une femme pour diriger l’exécutif, grande et belle première dans l’histoire du pays.
Remarquons que depuis la dernière réforme constitutionnelle en date, qui a instauré la désignation d’un Premier ministre (ou chef de gouvernement) au sein du parti gagnant, et en dehors de l’épisode El Othmani, le souverain a toujours pris le parti de choisir les présidents et personne d’autre. Un choix qui respecte la logique démocratique, et qui devrait logiquement être gravé dans la Constitution.
Par Karim Boukhari
Directeur de la rédaction






































