Ce serait faire preuve de nihilisme que de ne pas reconnaître le plan d’autonomie comme solution à la question du Sahara, voulue comme un caillou dans la chaussure du Maroc. On connaît la rengaine. Dès lors que le Maroc avait accepté le plan de règlement en 1991, il ne pouvait faire fi de la communauté internationale. Certes, de l’aveu même des experts onusiens, le référendum n’était pas faisable et une configuration tracée selon les caprices des militaires coloniaux n’était pas viable. Il n’y avait donc, depuis l’orée des années 2000, comme solution à la question du Sahara que la troisième voie : celle que le Maroc a proposée depuis 2007.
Et c’est certainement ce réalisme du Maroc qui lui a valu le soutien des pays occidentaux, et non des moindres. De l’eau a coulé depuis la reconnaissance, par les États-Unis, de la marocanité du Sahara. Le plan d’autonomie est l’unique cadre, et la résolution 2797 du Conseil de sécurité (malgré l’ambiguïté de l’emploi du conditionnel, une incongruité dans le jargon juridique, cela dit en passant) est certainement un acquis, mais ne saurait remettre en cause le bien-fondé de l’autonomie, ni dans sa lettre, ni dans son esprit.
Il faut demeurer vigilant, néanmoins. L’injonction qui a été faite au Maroc de présenter une mouture «sérieuse» ne suffira jamais. C’est pour cela que nous avons proposé que la rédaction du texte soit l’expression d’un accord politique préalable. Le droit suivra. La souveraineté marocaine ne devrait pas être un mot creux. Une quelconque souveraineté formelle (il n’y a de souveraineté que totale) saperait tous les fondements de l’héritage historique, les sacrifices du peuple et le dessein marocain.
Ni le modèle du Kurdistan irakien, de l’Écosse, ou du Groenland récemment conclu, ne sauraient être opposables au Maroc. Un simple drapeau qui flotte et des liens formels et protocolaires ne sauraient être la solution au problème.
Nous ne devons pas nous endormir sur nos lauriers ou, comme le voudrait l’adage marocain, croire que nous avons déjà traversé le gué et séché nos pieds. Le problème demeure.
La question du Sahara engage le peuple marocain qui, au lendemain de l’indépendance, par le truchement de l’Armée de libération, récusait les partages coloniaux. Nous comprenons le réalisme d’antan, vu les rapports de force et l’antagonisme des acteurs, mais l’Armée de libération n’est que l’expression de la volonté du peuple marocain, ayant précédé des acteurs étatiques ou des mouvements, éléments du dossier.
La question du Sahara n’est pas un deal. Le deal, s’il a été perçu comme tel, n’engage que celui qui y a cru. C’est une question de principe, et ceux qui détiennent le dossier doivent descendre sur le terrain non pour expliquer les arguties juridiques, les «niceties» (subtilités) diplomatiques, les contraintes géopolitiques, mais pour écouter.
Entendre que la question du Sahara est existentielle pour le Maroc et les Marocains. Et se rappeler que la Marche verte n’est pas qu’une cérémonie renvoyant à un événement, mais un esprit. Et c’est cet esprit qui a permis au Maroc de tenir et de déjouer toutes les manœuvres. Ne lâchons pas la proie pour l’ombre.
Par Hassan Aourid, conseiller scientifique de Zamane







































