La direction de la Biennale de Dakar pour l’art contemporain a désigné, pour son édition de 2026, l’artiste contemporain marocain Faouzi Laâtiris comme «Grand témoin» de cet événement majeur de la création artistique du continent. En fait, depuis quelques éditions, la Biennale de Dakar attribue le titre de «Grand témoin»à un artiste majeur issu des profondeurs du continent africain. Il s’agit d’une personnalité dont le parcours condense, à sa manière, toute une époque : une histoire, mais aussi des enjeux qui traversent l’art autant qu’ils traversent aujourd’hui nos sociétés. Dans un contexte africain, la notion detémoin ne renvoie pas seulement à celui qui a vu ou à celui qui est en mesure de raconter ce qu’il a vécu. Elle évoque également la figure de l’ancien, du sage et du passeur : celui qui relie les générations et assure à la mémoire collective une certaine continuité.
Il n’est donc pas un simple observateur, mais celui qui veille à préserver l’expérience et à la transmettre. Une expérience qui ne demeure pas la propriété de celui qui l’a vécue, mais qui est appelée à être transmise, discutée, transformée et reformulée. Il y a dans cette fonction quelque chose qui se rapproche de la dimension narrative-chantée du griot, si l’on peut employer cette appellation : porter la mémoire et la laisser circuler.
Le grand témoin est choisi parmi des artistes dont le parcours leur permet de porter la mémoire de l’art contemporain en Afrique, une mémoire faite de rencontres, d’expériences, de transformations, parfois de conflits, mais aussi de transmission et de filiation. Ainsi, plusieurs générations se rencontrent, non pas au sein d’une histoire figée, mais dans une histoire vivante, encore en train de se construire.
Témoin et passeur
Dès lors, sa présence n’est pas nécessairement liée à des missions précises ou à un programme parallèle de la Biennale. Il ne s’agit pas forcément de l’inviter à prononcer un discours pédagogique ou à jouer un rôle de représentation. Il s’agit, au fond, d’une position symbolique : être présent avec son œuvre, son parcours, son expérience et sa vision du monde. Ainsi, l’artiste lui-même devient une partie du témoignage.
Le choix de Faouzi Laâtiris, ancien professeur à l’Institut supérieur des beaux-arts de Tétouan, s’inscrit dans un parcours artistique qui a traversé différentes générations et plusieurs étapes de la scène des arts plastiques contemporains au Maroc. Une partie de son travail est également demeurée liée à la transmission, à l’expérimentation et à l’accompagnement des jeunes artistes, pendant près de trente ans, en tant qu’artiste et enseignant.
Son parcours l’a ainsi placé, parfois malgré lui, dans la position de témoinde certaines transformations de la création contemporaine au Maroc : témoin des transitions, des ruptures, des vagues d’enthousiasme, mais aussi des contradictions, des déceptions et des joies.
Il a ainsi mérité d’être pour le Maroc le grand témoin du devenir de l’art africain aujourd’hui.
Par Moulim El Aroussi









































