Retour sur le parcours singulier du cinéaste qui vient de nous quitter, durant l’été 2026, et dont l’héritage continuera de nous hanter…
« Mostafa savait tout faire, sauf ne pas mourir ». C’est ainsi qu’Abdelkrim Derkaoui, affectueusement appelé Krimou, me présentait son défunt frère. Pourtant, c’est Krimou qui lui a appris sa première vraie leçon de cinéma : «Mostafa, tais-toi, quand ce que tu veux dire n’est pas aussi beau que le silence», avouait Mostafa Derkaoui. Depuis cette sage parole, il s’est effacé derrière ses textes, ses réflexions et la caméra de Krimou. Il savait tout faire, certes, mais n’avait pas le pouvoir de ne pas mourir ; en revanche, il a su tenir tête à la mort pendant plus de vingt ans. Malade et en fauteuil roulant, il a pourtant continué à enrichir son œuvre, au point de pouvoir, le hasard aidant, faire renaître de ses cendres son premier film, longtemps maudit : «De quelques événements sans signification». Mostafa faisait partie de ces cinéastes dont l’œuvre semble avoir été conçue avant même leur vie, comme si celle-ci n’avait eu pour fonction que de conduire à l’accomplissement d’un projet déjà inscrit dans leur destin. Chez lui, sa vie et son cinéma se sont construits dans un même mouvement, à travers les déplacements, les rencontres, les ruptures et les refus.
Le théâtre, la philosophie, l’expérience politique, les discussions avec les jeunes, les rues de Casablanca et les difficultés mêmes de la création ne constituent pas les épisodes séparés d’une biographie : ils forment la matière d’un regard. C’est à partir de cette matière que Mostafa a cherché à faire du cinéma non pas un simple instrument de représentation, mais une manière de mettre le réel à l’épreuve.
Par Moulim El Aroussi
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