Élu député de Casablanca sous la bannière de l’USFP, là même où l’historien Abdellah Laroui avait échoué, Abdelali Benamour quitte le parti en 1983, en pleine tourmente. Mais il ne renonce pas à la politique : il la déplace. De la création de HEM en 1988 à celle du think tank Alternatives en 1995, il jette des passerelles entre l’école, l’entreprise et le pouvoir. Portrait d’un homme de conviction(s) dont la récente disparition a ému bien au-delà des cercles de gauche.
ÀCasablanca, en 1976, quelques mois après que le parti de l’Ittihad eut changé de nom, passant de parti nationaliste à parti socialiste, eurent lieu les élections législatives au Maroc, dans le cadre de ce qu’on avait appelé le «processus démocratique». Celui-ci s’inscrivait dans le cadre d’un pacte entre Hassan II et les partis dits nationalistes. Mais des opérations de nettoyage eurent lieu entre le Congrès extraordinaire qui officialisa à Casablanca, le vendredi 10 janvier 1975, le changement de nom de l’UNFP (branche de Rabat) en Union socialiste des forces populaires (USFP), et le vendredi 12 novembre 1976, date des élections communales auxquelles le parti participait. L’événement marquant fut sans conteste l’assassinat d’Omar Benjelloun, cheville ouvrière du Congrès et idéologue incontesté, qui parvenait à regrouper autour de lui une partie importante de la gauche, y compris marxiste-léniniste. Un matin de l’automne 1976, les rues de Casablanca se trouvèrent drapées d’affiches montrant des visages que de rares habitants de la ville connaissaient. Ils étaient, pour la plupart, bien coiffés, impeccablement costumés, cravatés, bien portants et souriants. Parmi ces messieurs que les partis présentaient figurait un certain Abdelali Benamour, qui n’était point connu du grand public, mais dont l’affiche mettait en avant un curriculum vitae particulièrement fourni. Il donnait, comme la plupart des candidats, l’air d’un technocrate plutôt que d’un professeur, et encore moins d’un militant. Il n’était pas le seul à présenter ce profil sur la liste de l’USFP. Il fut élu.
Par Moulim El Aroussi
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