L’histoire méconnue du «Maroc chrétien»

Le Maroc a eu un passé chrétien, comme la plupart des pays anciens et des terres reliées aux civilisations de leurs époques. Il ne pouvait pas en être autrement. Ce passé et cette histoire méritent d’être explorés parce qu’ils font partie de l’histoire de ce pays et de cette terre. Ils feront, sans doute aussi, partie du présent et de l’avenir de cette même terre.
Moins forte que dans d’autres pays arabes, comme l’Egypte ou le Liban, la réalité chrétienne du Maroc fait partie des minorités religieuses qui composent la mosaïque de l’identité nationale. Le Maroc est un pays pluriel et il faut prendre l’expression au pied de la lettre. Ce n’est pas une formule creuse. Ce n’est pas un mensonge. Surtout, ce n’est pas, ce n’est plus, un danger pour la « marocanité ».
Longtemps interdite, et combattue jusqu’au sang, la pratique de la religion chrétienne a bénéficié, au fil de ces dernières années, d’un assouplissement discret mais certain. C’est désormais une pratique plutôt souterraine que clandestine. Tolérée sans être encouragée, ni totalement reconnue.
La problématique qui se pose avec la réalité chrétienne au Maroc diffère de celle de la réalité chiite. Elles n’ont pas la même histoire, ni le même impact religieux, et surtout politique. La caricature décrit le chiite comme un frère-ennemi ou un ver dans le fruit ; elle voit le chrétien comme cet ennemi venu d’ailleurs. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Mais les deux minorités religieuses sont entourées du même voile de méfiance, voire de peur. Reniées, diabolisées, montrées du doigt, mal vécues, pas toujours assumées, ces pratiques, ces réalités, ont malgré tout tendance à sortir du bois. Mais il existe toujours des freins. Le Maroc se dit depuis longtemps une terre de paix, ouverte au dialogue entre les religions. Cette ouverture reste cependant ambigüe, floue. Elle se limite aux dogmes mais pas forcément aux personnes.
Le ministre des Habous, Ahmed Toufiq, a récemment effectué une sortie tonitruante au parlement. Il a qualifié, dans des propos relayés par la presse, les minorités religieuses de « virus » menaçant le corps (musulman) de la société marocaine. Bien qu’il se soit repris, depuis, en nuançant ses propos, M. Toufiq a mis le doigt sur une corde extrêmement sensible, tant religieusement que politiquement.
Interpellé par le site Medias 24, le ministre a notamment expliqué : «Un corps sain résiste mieux, et ce qui immunise les Marocains, c’est l’islam sunnite malékite. Les pratiques individuelles, la foi des individus, n’ont jamais été traitées de virus et ne nous dérangent pas. Le dogme ne nous dérange pas. Seule l’existence éventuelle d’agenda politique, de visées politiques, est dangereuse. Mais le sunnisme malékite nous immunise».
Beaucoup de nuances, donc. Le ministre des Habous légalise à sa manière les pratiques minoritaires. Mais, dans le même temps, il les circonscrit dans un espace qu’elles ne doivent surtout pas dépasser.
Voilà pour le contexte. Pour le reste, et loin de tout esprit polémique, Zamane vous propose un voyage dans la foi, à travers les siècles. Un voyage qui ne s’arrête pas au seul Maroc mais parcourt tout le Maghreb, qui a toujours été, et quoi que l’on en dise, un grand espace de brassages et de métissages. Un voyage duquel on ressort, non pas épuisés, mais convaincus, plus que jamais, que la liberté de culte et, plus encore, la liberté de conscience, sont deux grandes questions de notre temps. Deux questions inévitables, mais qu’il importe de dépassionner, pour en faire deux clés qui ouvrent sur l’avenir sans renier le passé.
Bonne lecture.

Dossier coordonné par la rédaction
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