Une longue histoire politico-religieuse

Qu’est-ce qu’être chérif pour le petit peuple, sinon un individu doté de capacités surnaturelles qu’il aurait héritées de sa descendance, légitime ou prétendue, du Prophète. Le pouvoir central s’est toujours appuyé sur cette caste pour gouverner. à tort ou à raison.

Pour les gens du peuple dans le Maroc profond, être chérif, c’est disposer, du fait d’une grâce divine et d’une ascendance noble, de pouvoirs quasi surnaturels. Un chérif pourrait par exemple, par des prières, ou par un simple geste, forcer le destin : il peut guérir un malade ou mettre fin à une sécheresse qui désole la terre et accable la communauté des croyants. Pour les gens plus avertis, les chérifs, ou chorfa, sont les descendants du Prophète et de sa famille. Ils ont, de ce fait, des dons spécifiques qu’on appelle baraka, et parfois « karamate ». La qualité de chérif se transmet, en règle générale, de père en fils. Mais certains docteurs de l’islam défendent bec et ongles que la femme peut transmettre également la dignité chérifienne. Le célèbre érudit marocain Mohamed Al Akmeh Al Marrakchi réserve même à la controverse un traité intitulé «Ismaë Assom fi Ithbat al-Charaf min Al Om (traduction approximative : Arguments pour faire entendre les sourds que le chérifisme vient de la mère). C’était au début du XVème siècle, époque de grande ferveur religieuse et soufie. Cela sur le plan du concept, version marocaine, mais qu’en est-il de l’histoire et la géopolitique du chérifisme ? Il y a des lignées chérifiennes à peu près partout dans le monde musulman. Leur nombre, des millions, dépasse de loin, mathématiquement parlant, l’ascendance potentielle du Prophète, même la plus prolifique possible.

Par Maâti Monjib
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