Zamane, l’incompris…

Toute publication étant faite pour être lue, il est normal, chaque fois que nécessaire, qu’elle s’en remette à ses lecteurs. Surtout si ces derniers ne sont pas ce qui manque le plus ; loin s’en faut. La question sur laquelle votre magazine voudrait vous prendre à témoin relève de la relation entre éditeur et annonceurs. L’annonce publicitaire ; le nerf de la guerre incontournable de la durabilité d’un support.

Résumé à l’extrême, disons que certains annonceurs ne nous réservent pas le traitement que nous sommes en droit de revendiquer. Ils ne nous jugent pas à la juste valeur de ce que nous proposons, ni plus ni moins. Forcément, nous nous efforçons de comprendre les raisons et les ressorts de cette attitude qui, vous l’aurez compris, n’est pas équitable. Un effort d’interrogation et de compréhension qui balance, comme souvent en pareille situation, entre le mieux et le pire.

Commençons par la première hypothèse, pour être positif. Au mieux, nous serions désespérément incompris pour ne pas dire totalement à côté de nos marques, aux yeux des critères et des us et coutumes de la planète pub. Les détenteurs de la décision de l’annonce publicitaire ; encore moins, encore plus, ou tout autant que leurs intermédiaires attitrés nous prendraient pour un magazine élitiste. Un magazine qui ne traite que d’une pauvre discipline qu’est l’Histoire.

Circonstance aggravante, ledit magazine s’est spécialisé dans l’histoire du Maroc, ce qui, juge-t-on sans appel, réduit son volume de lectorat et l’onde de son impact publicitaire. Or, si les intervenants dans Zamane sont des historiens reconnus et des journalistes confirmés, ce n’est pas un handicap, mais une conditionnalité convenue qui atteste du sérieux de son contenu. Ce n’est pas, non plus, une barrière en termes de communication, dans la mesure où le traitement des sujets proposés est fait dans un souci de facilitation d’accès à la vérité historique. Sans omettre le passage obligé par la mise en contexte. Un exercice pédagogique que nos historiens, qui écrivent pour vous, s’imposent volontiers, car tout chercheurs qu’ils soient, ce sont des enseignants habités par le désir de transmission de leur savoir.

Tout compte fait, si les écrits que nous vous proposons ne s’adressaient qu’à un microsome de rats de bibliothèques et autres archives, des avertis totalement acquis, entre autres mordus périphériques de la chose historique, Zamane aurait fait long feu. La géographie de la distribution, bien plus que les volumes de vente, régulièrement mis en avant, en est la preuve. Par conséquent, l’argument de l’élitisme ne tient pas la route. Il est d’autant en porte-à-faux qu’en chiffres de vente, Zamane est le premier mensuel marocain, toutes spécialisations confondues. Comme quoi, la grille de lecture qui nous est infligée est indécryptable ; de même que l’ordre de ciblage des supports et les voies d’appréciation des annonciateurs sont insondables. Manifestement, leurs critères d’évaluation dépassent tout entendement professionnel, au point d’être un défi pour le plus commun du bon sens.

Venons en maintenant à ce seuil du pire, que nous aurions voulu éviter, mais à qui il faut bien sacrifier. Tout porte à croire que pour certains parmi ceux qui tiennent les rênes de la pub, l’histoire n’est pas un créneau vendeur. Plus grave, ils le liraient volontiers, avec un certain entrain intellectuel, ils l’apprécient, mais ils ne le retiendraient pas dans leur planning publicitaire. Du coup, ils ne croient pas à sa pérennité. Un peu comme si chaque numéro qu’ils ont entre les mains serait le dernier. Jusqu’ici, cette fin, quasiment annoncée, ne s’est pas produite et ne se produira pas. Zamane dans sa version francophone a largement entamé sa cinquième année, malgré toutes les difficultés financières attendues et inattendues.

Il n’empêche qu’à la rédaction, le message des annonceurs a été reçu comme une invite à la prospection d’autres horizons thématiques que le seul vecteur, jugé improductif, de l’histoire.

Ce qui pousse à être optimiste, c’est que la thématique historique est largement mise à profit par toutes les publications dites généralistes, ou presque. Cela voudrait tout simplement dire que l’histoire semble par ailleurs vendeuse. À l’exclusion, apparemment, d’une revue spécialisée dans l’histoire du Maroc. Paradoxal, mais pourtant vrai.

Bien qu’il soit porteur de la loi implacable du marché, le pragmatisme mercantile qui prévaut, malheureusement, reste décalé et désespérément désolant. Ce n’est pas seulement la négation du rôle du fait historique, dans sa relation de cause à effet avec le présent, qui est impunément brandie comme un facteur rédhibitoire ; voire une incitation à l’amnésie collective. C’est carrément du mépris pour notre profondeur historique, le plus précieux de notre patrimoine immatériel et le constituant essentiel de notre identité nationale. Avec ou sans une éphéméride comme Zamane.

Mais avouez qu’il vaut mieux avec que sans…

YOUSSEF CHMIROU, DIRECTEUR DE LA PUBLICATION et de la rédaction 

4 réflexions au sujet de « Zamane, l’incompris… »

  1. vous faites un remarquable travail de recherche historique ce que nous ne trouvons nulle part ailleurs cependant vous prenez parti qqfois et ceci ne doit pas etre votre cas puisque je considere que vous devez etre au dessus de la melee accomplissant un travail d information denue de tout avis subjectif tendant a influencer le lecteur ! je
    vous felicite malgré tout ! BRAVO

  2. Zamane est pour moi le seul titre de presse marocaine que je lis avec autant de plaisir et d’intérêt que ceux de la presse étrangère ( française, anglaise et américaine). Que ce soit au niveau du style d’écriture ou du sérieux dans la recherche de l’information, Zamane a placé la barre haute pour les autres organes de presse au Maroc.
    En plus, de part sa « spécialisation », les articles de Zamane ne tombent jamais dans l’obsolete : je peux lire un numéro vieux de plusieurs mois ou même d’années avec le même intérêt que pour le dernier numéro du mois. Il m’arrive souvent de ressortir un numéro que j’avais déjà lu et de revisiter ses articles : ca me permet de rafraîchir les infos que j’avais déjà lu, et parfois même d’en apprendre de nouvelles qui m’avaient échappé lors de ma première lecture.
    A mon avis, la publicité sur Zamane doit être plus rentable pour l’annonceur car elle dure plus longtemps.
    Bravo Zamane

  3. Bonjour
    J’apprécie votre magazine avec cette particularité, qui lui est propre, de représenter la culture et pas seulement l’Histoire Chérifienne comme du « Maroc ». On ne peut que se féliciter qu’existe chez Zamane, cette intention contraire, en effet, aux tendances des amateurs de moindre effort qui sévissent par paresse et facilitée comme actuellement. Irréflexions et inculture sont les deux mamelles de la bêtise et en bon français, la bêtise quand elle est collective, s’appelle « connerie ». Dieu nous préserve de tout cela avec vos bons soins et ceux de vos lecteurs. J’ai découvert votre titre par les recommandations de jeunes gens de votre pays et c’est un véritable plaisir que de développer avec eux les thèmes et articles que vous développez si intelligemment et opportunément. Que Dieu vous aide à persister pour le plus grand bonheur de vous voir subsister à nous régaler. ! Bien sincèrement.

  4. JE VOUS COMPRENDS. Mais c’est le lot de toutes les revues spécialisées ici ou ailleurs., En France par exemple si nous la prenons pour référence, les revues la-bas bénéficient de la pub  »collatérale » axée sur la spécialité de la revue ou sur les sujets développés. Chez nous, au Maroc qui y a-t-il de payant en dehors des laiteries et leurs produits blancs bien naturels, les laveries et leurs poudres très propres pour rendre propres, les sodas et leurs tam-tams et le zero sucre menteur, les labo entre le rouge incas d’une mannequin célèbre, si le labo est bien riche, et l’eye-liners de l’inconnue Khaddouj de Casa, si le local cherche à faire la paon ! ?… Vous voyez… vos lecteurs passer leur temps à bien  »zyeuter » ces pub. Non. Reste la pub ciblée en fonction de vos produits et vos productions. Zéro, rien : Editions ? nulles. Médias ? ils vivotent voire sur-vivotent, tentant d’avaler la pub ou d’avaler le lecteur, par leur une, si presse écrite. Jeux et vidéos ? Réduits à l’envoi de SMS payants sinon rackettant… Le problème de la presse spécialisée chez nous, est qu’elle veut faire chic : beau papier, belle couverture, belles images et là malheureusement, vu le tirage vu les ventes : ça ne pardonne pas et les équilibres ne seront jamais atteints car la spécialisation tue toute pub. Alors soit, moins de spécialisation soit aussi moins de chic. mais… vous êtes tellement bon que vous ne changerez rien. Tête d’ici, en grès, comme nous tous. Bon vent.

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